L'Association
"Lou Capian de Thau" mène une action de sauvegarde et de restauration des derniers « pointus » (petites embarcations de pêche en bois) connus à ce jour autour de Balaruc les bains, sur l'étang de Thau .
En 2008, l'association a acquit le « Dauphin », une Tartane, bateau de pêche à voile latine dite au « bœuf » de nos côtes du Languedoc menacée de destruction dans le port de Canet en Roussillon et qu'elle a rebaptisé de son nom de naissance « Espérance ».
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| Carte postale de 1944 à Sète |
Voici son histoire :
Ce bateau a été construit à Agde au chantier VIDAL en 1880 et mis à l'eau le 8 Mars 1881.
Un poids estimé à 20 tonnes, 14 tonneaux, long de 15m, large de 4,70m avec une antenne de 24m et un boute-hors de 7m, il était propulsé par 140m2 de voile. Nous retiendrons que ces bateaux étaient construits à l'époque pour travailler 15 ans et considérés comme "finis", étaient revendus.
Le chêne dont on l'a gratifié a été planté au cours du 14e Siècle en plein Haut Moyen Age et fin de la Période Romane sous François 1er.
Pendant 11 ans, ses apports ont fait vivre une famille Agathoise les MALAVAL, Joseph, Victor et Hubert qui avec Severt Malaval possédaient trois bateaux bœufs : l' "Espérance", le "Providence" et l' "Indépendant", tous trois construits à Agde entre 1880 et 1883. Le « Providence » était « la conserve » de l'Espérance et la maquette de « l'Indépendant » est exposée au musée d'Agde.
En 1892 il est vendu et arrive à Séte pour le compte de Benoît ESTENTO et Pasquale COLLOZO qui le garderont 8 ans et le rebaptiseront "DAUPHIN".
En 1901 il est racheté par un autre COLLOZO, probablement Diogène qui le gardera jusqu'en 1938 soit 37 ans. Belle carrière, à sa vente, il a déjà 57 ans !
En 1938 il fut vendu au chantier naval de Sète : SCOTTO ET REPETTO qui l'ont probablement motorisé tout en conservant le mât mais en supprimant l'antenne, le boute-hors et bien sur, les voiles. Il continuera la pêche jusqu'en 1944, date à laquelle nous retrouvons des témoignages photos (cartes postales) dans le port de Séte. Le Dauphin a 63 ans !
En 1944, il fût cédé à la société de travaux maritimes PRIORE-BORNIOL-GABAUDAY-BARTHES, des plongeurs, qui l'amèneront à Nice où il fera du déminage, coque en bois oblige et ravitaillera l'escadre Américaine au large de Villefranche sur Mer. Ils le garderont 1 an.
En 1945, il passe aux mains de Mr PASTOR, il semble qu'il soit antiquaire sur Nice et qui le conservera jusqu'en 1957 soit 12 ans.
De 1957 à 1959, il est la propriété de Mr JUMELIN, radiologue et plongeur, grand amateur d'épaves et amis des CHEREZY et PASTOU avitailleurs sur Cannes et Villefranche. Il a 78 ans !
En 1959, il passe aux mains de Mr BOISSY, plongeur professionnel qui travaille sur tout le littoral avec comme partenaire Mr BRICH alors Champion de France de plongée libre. BOISSY décédé, BRISH trouve un autre associé Mr CAPIEN.
Nous retrouverons des traces de ses passages à Cannes et Monaco avec quelques témoignages écrits et filmés notamment en 1965 où il servit aux recherches d'une épave romaine dans le port de Monaco et de bateau de secours pour la sécurité du film "Grand Prix" de John Frankenheimer avec Yves Montand, James Garner et Françoise Hardy dont ce sera la première apparition à l'écran. Son immatriculation à ce moment est : MC 1731 ( Monaco).
En 1978, après ces 21 années aux mains de plongeurs professionnels et amateurs, il fût revendu à un architecte Parisien, Mr ROUX, qui le conservera 2 ans.
En 1980, son nouveau patron Mr ADAMIAK, le laissera sans entretien pendant 1 an avant de le revendre à un groupe de 3 amis Strasbourgeois Mrs BAADE, HAJEK et KOCHER qui le ramèneront par les canaux jusqu'à Strasbourg pour le restaurer et le modifier de 1981 à 1987. Il changera de numéros en devenant : NI 457065 (Nice). Il a alors 100 ans !
C'est lors de ces travaux qu'ils feront examiner une pièce de bois prélevée sur le squelette afin de pouvoir dater la structure. La dendrochronologie est le nom de cet examen qui leur a permis de situer l'époque où le bois de ce navire à été planté. (Cité au début du récit.)
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| Canal Rhin / Rhône 1982 |
En 1987 ce bateau transformé en yacht de plaisance avec roof et cabine et rejoindra Canet en Roussillon, il naviguera au grès des vacances jusqu'en 2000 et restera 8 ans à quai où nous l'avons retrouvé et acheté en Octobre 2008.
Aujourd'hui, âgé de 128 ans, il est probablement le plus vieux bateau de travail des côtes de France connu à ce jour !
Nous venons de lui redonner son nom de baptême et son quartier maritime : ESPERANCE 1881, ST 457065 et il attend patiemment d'être ramené sur Agde pour être mis en "chantier", seuls les fonds obtenus en décideront car nous n'avons aucuns moyens pour faire ces gros travaux à Balaruc les bains.
Notre association, ayant pour but de lui redonner son aspect d'origine, ne bénéficie que d'un petit hangar prêté par un artisan électricien (énergies renouvelables) qui ne lui permette que de travailler sur une embarcation à la fois et de 7 m maximum.
Les habitants du littoral sont très attachés à leur patrimoine maritime, entre 1880 et 1920, on recensait 76 bateaux bœufs dans le port de Séte, aujourd'hui, il semblerait que l'ESPERANCE 1881 soit le dernier de cette lignée.
La cité d'Agde, plus grand constructeur de tartane de pêche dite « au bœuf »
Pour exemple : entre 1861 et 1880, 30 bateaux bœufs ont été construits pour la ville de Cette (Sète),
25 le furent à Agde, 3 à Port la Nouvelle, 1 aux Martigues et 1 à la Ciotat. Ce n'est qu'au début du 20e siècle que des « bœufs » seront construits à Sète.
La pêche aux bœufs ou « baou », est développée par les Catalans au XVII° siècle puis interdite sous « peine de la vie » dans leur pays, a été transportée en Roussillon et pris son essor dans cette région ultérieurement avec l'arrivée d'hommes du sud de l'Italie qui en ont assuré la pertinence économique.
La pêche aux bœufs est la démonstration des synergies, des circulations et des ouvertures qui ont fait la force de l'Europe.
(Un magnifique article de Mr Bernard Vigne est à découvrir ou redécouvrir dans le n° 89 du "Chasse Marée" de Juin 1995 : "Les bateaux bœufs de Sète").
Ce document nous a été transmis par Pierre & Christine Guilbon