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Grande plaisance au Cap d'Agde : rêve ou réalité ?

Samedi 27 juin 2026 à 08:09

Sujet : Actualités

Interview de Jean-Louis Cousin

Depuis quelques semaines, la rumeur d'un développement de la grande plaisance au Cap d'Agde circule. Est-ce un projet réaliste ?

Jean-Louis Cousin : Avant tout, il faut éviter que les contribuables financent des projets qui ne correspondent pas aux réalités économiques. Certains imaginent que le Cap d'Agde pourrait rivaliser avec Saint-Tropez, Antibes ou Monaco. C'est séduisant sur le papier, mais cela ne repose pas sur les réalités du marché.

Vous connaissez pourtant très bien ce secteur.

Jean-Louis Cousin : Oui. Cela fait plus de trente ans que j'exerce dans la grande plaisance. Pendant une dizaine d'années, ma société Yachting Lodge a géré une vingtaine de yachts basés au Cap d'Agde. Cette activité faisait travailler sept salariés directement et générait des retombées importantes pour de nombreux professionnels locaux : chantiers nautiques, restaurants, hôtels, commerces...

Comment se porte aujourd'hui le marché de la plaisance ?

Jean-Louis Cousin : Après l'euphorie post-Covid, le marché s'est nettement retourné. Les ventes de bateaux neufs sont en baisse et les prix ont fortement augmenté depuis 2019. Les segments intermédiaires souffrent particulièrement. En revanche, les très grands yachts de plus de 30 mètres résistent mieux.

La grande plaisance reste donc un secteur dynamique ?

Jean-Louis Cousin : Oui, mais uniquement dans certaines zones très spécifiques. Les grands yachts naviguent principalement entre Saint-Tropez, Monaco, la Corse, la Sardaigne et, de plus en plus, la Croatie. Les ports qui bénéficient de cette activité disposent d'infrastructures très particulières et d'un environnement adapté.

Pourtant, le Cap d'Agde accueillait autrefois plusieurs grands yachts.

Jean-Louis Cousin : Absolument. Mais c'est moi-même qui ai progressivement transféré cette flotte vers d'autres ports mieux adaptés.

Pourquoi ce choix ?

Jean-Louis Cousin : Plusieurs raisons l'ont imposé.

D'abord, la sécurité. Nous avons subi cinq cambriolages sur dix-sept bateaux en seulement deux ans.

Ensuite, les infrastructures. Les propriétaires attendent un accès facile aux quais pour les livraisons, des possibilités d'avitaillement rapide en carburant, des services techniques performants, des installations de maintenance lourde, une clientèle haut de gamme, des hôtels de luxe, une restauration gastronomique et parfois même un accès par hélicoptère.

Or le Cap d'Agde ne dispose pas de ces équipements.

Le port est-il techniquement capable d'accueillir ces unités ?

Jean-Louis Cousin : Très partiellement. Avec un tirant d'eau d'environ trois mètres, nous sommes limités à des unités d'environ 37 mètres à coque planante. Beaucoup de grands yachts modernes nécessitent davantage de profondeur.

Par ailleurs, la zone technique du Cap d'Agde ne permet pas les interventions lourdes. Les premiers équipements réellement adaptés se trouvent à Sète, puis surtout à La Ciotat ou en Espagne.

Certains avancent que le Cap d'Agde serait plus compétitif grâce à ses tarifs.

Jean-Louis Cousin : C'est une idée largement surestimée. Pour un propriétaire de yacht, le coût de la place de port représente une faible part du budget annuel. Ce qui compte avant tout, c'est la qualité des services, la sécurité et la logistique.

Peut-on espérer développer malgré tout cette activité ?

Jean-Louis Cousin : Il faut distinguer l'accueil ponctuel de quelques unités et la volonté de bâtir une stratégie économique autour de la grande plaisance. Ce sont deux choses très différentes.

Aujourd'hui, les infrastructures du Cap d'Agde ne permettent pas d'en faire une destination majeure de ce secteur.

Quel serait selon vous le risque ?

Jean-Louis Cousin : De lancer des investissements lourds qui ne seraient jamais rentabilisés. Avant d'engager l'argent public, il faut regarder objectivement les contraintes techniques, économiques et géographiques.

Quel avenir imaginez-vous alors pour le port ?

Jean-Louis Cousin : Le Cap d'Agde possède une identité qui lui est propre. Sa clientèle est avant tout familiale, régionale et fidèle. Elle attend des installations bien entretenues, des services efficaces, des tarifs cohérents et des équipements adaptés à ses besoins.

A mon sens, c'est cette vocation qu'il faut conforter plutôt que de poursuivre un modèle qui correspond à d'autres ports méditerranéens.

Un dernier mot ?

Jean-Louis Cousin : Les rêves ont leur place, mais lorsqu'il s'agit d'investissements publics, ils doivent toujours être confrontés à la réalité du terrain. J'ai eu la chance de faire venir des yachts au Cap d'Agde grâce à mon réseau professionnel. J'ai aussi été contraint de les déplacer, parce que le port ne répondait plus aux exigences de cette clientèle.
C'est un constat, pas une opinion.




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