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Naufrage d’un voilier de légende à Sète : le témoignage de l'équipage

vendredi 09 novembre 2018

Sujet : Midi Libre

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Stuart Rogerson (à d.) et son coéquipier Roberto, devant les débris de leur bateau
PH. M

Midi Libre le 07/11/2018

Le VSD II s’est échoué dans la nuit du lundi 5 au mardi 6 novembre contre le Môle. Ses occupants sont sains et saufs.
Avec son bonnet, son ciré, sa barbe, ses traits burinés, Stuart Rogerson colle à merveille au look stéréotypé du vieux loup de mer. Il en a aussi la faconde, l’humilité, le détachement. Mais ce mardi, en milieu de matinée, Stuart n’a pas le cœur à blaguer. Et pour cause.

À ses pieds, sur les rochers du Môle, peu avant l’ex-base Tabarly, gisent les débris de ce qui fut son rêve. Des morceaux de coque, de flotteurs, un pare-battage siglé “VSD”, des gilets de sauvetage, une nourrice, une barre de flèche, etc... Le tout éparpillé sur une vingtaine de mètres. Le reste a déjà été avalé par la mer. En cette nuit du 6 novembre, le VSD II, multicoque de légende, construit en polyester-mousse carbone, a été réduit en charpie.

50 heures après leur départ d’Ibiza
L’essentiel, bien sûr, c’est que l’équipage soit sain et sauf. Mais le désastre est tel que Zack, le fils de Stuart, ne peut en supporter la vision. Il reste assis, accablé, dans une voiture stationnée quelques mètres plus loin, attendant de partir au plus vite.

Son père, lui, consent, non sans émotion, à relater la nuit de cauchemar qu’ils ont vécue. Lui, Zack et Roberto, leur co-équipier, sans oublier Petit-Loup, le minuscule chien de Stuart : "Nous étions partis d’Ibiza il y a deux jours (NDLR : dimanche) pour Sète où l’on vient chaque année pour le carénage. Car ici, il y a un savoir-faire.

Après 50 h de traversée sans problème, à l’entrée de la passe, vers 1 h du matin, un bout s’est coincé dans l’hélice. La mer était grosse. Le bateau est devenu incontrôlable. Il a été rabattu à côté du phare de la digue (NDLR : le feu de chenal, à bâbord). J’ai eu juste le temps de prendre le chien dans mes bras. Et tous les quatre, on a réussi à se sauver en grimpant sur les rochers de la digue. Ah, si on avait pu arriver deux heures avant...".

Quelques instants plus tard, le voilier, transformé en “bateau ivre”, était drossé contre les rochers du Môle, près de la petite plagette, à l’angle avec l’ex-base Tabarly. Il était encore entier quand les hommes de la station SNSM (Société nationale de sauvetage en mer) sont arrivés sur place. Mais jusqu’à l’aube, les coups de boutoir implacables des vagues l’ont peu à peu passé à la moulinette.

18 ans de travail ruinés
Ce bateau, ce n‘est pas rien. Un trimaran rendu célèbre voici bientôt 40 ans. Mais aussi 18 ans de travail ruinés en quelques secondes. "Quand on l’a récupéré au début des années 2000, raconte Stuart, il était dans un sale état. Une épave. J’ai passé mon temps à le réparer avec mon fils. On a pu faire 4 traversées de l’Atlantique."

L’aventure de la “tribu Rogerson” a fait l’objet d’un reportage pour Thalassa, visible sur Youtube. La perte du VSD II, évalué à 250 000 €, est irréparable : "J’ai toujours considéré que Riguidel, qui venait souvent me voir, était le vrai patron de ce bateau, poursuit Stuart. Moi, j’en étais plutôt le gardien. VSD II fait partie du patrimoine de la voile française".

En fin de matinée, Stuart, Zack et Roberto sont repartis, direction Balaruc, chez leur ami Denis Kergomar, architecte marin. C’est là qu’ils ont commencé à redonner vie à un autre “Golden Oldie”, Tahiti Douche. "Un chantier colossal". Qui leur permettra de surmonter au moins un peu le traumatisme subi en cette funeste nuit de novembre à Sète...

Vainqueur de Tabarly et Pajot
Le VSD II a donc fini sa carrière comme son prédécesseur. VSD s’était échoué sur des récifs de Barbuda lors de la Route du Rhum en 1978. Eugène Riguidel fait donc reconstruire ce trimaran.

Pour sa première épreuve en 1979, il remporte - un fait rare pour une sortie inaugurale - avec Gilles Gahinet la première transat en double Lorient, Les Bermudes, Lorient en battant de cinq minutes la paire Tabarly- Pajot sur Paul-Ricard. La gloire.

Le trimaran (appelé un temps Kawazaki, Lesieur-Tournesol ou, Chaîne Gaz) a ensuite participé à plusieurs courses (La Baule-Dakar, Ostar, Twostar) mais sans jamais plus remonter sur un podium. Quand Stuart Rogerson l’a récupéré en 2002, abandonné à Ibiza, il servait de plongeoir pour les enfants...

Marc CAILLAUD



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En 1979, Eugène Riguidel et Gilles Gahinet remportent la Transat en double Lorient-les Bermudes-Lorient à bord du trimaran VSD II. Ils devancent le Paul Ricard d’Éric Tabarly et Marc Pajot.




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